Interview avec la boursière Sophie Picard, lauréate du prix pour la meilleure conception de cours – « Lehrpreis » à l’Université d’Iéna

Sophie Picard est doctorante en cotutelle entre l’Université d’Iéna et l’Université Paris-Sorbonne. Pour son séjour de recherche en Allemagne, Sophie bénéficie d’une bourse de recherche du DAAD depuis décembre 2016 et s’est d’ailleurs vu décerner le prix pour la meilleure conception de cours - « Lehrpreis » dans son université d’accueil en Allemagne. Aujourd’hui, pour le DAAD France, Sophie revient sur cette expérience dans le cadre du programme de mobilité du DAAD.

Pourriez-vous présenter brièvement votre parcours universitaire et académique ?

J’ai fait mes études principalement à Paris : hypokhâgne et khâgne au lycée Fénelon, Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm et master à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. J’ai également passé l’agrégation d’allemand et suivi les classes d’érudition au Conservatoire national de musique et de danse. Ce parcours m’a permis de toucher à des disciplines et surtout des méthodes très variées.

Pour quelles raisons avez-vous choisi une promotion en cotutelle avec l’Allemagne et pourquoi exactement l’Université d’Iéna ?

Pendant ma scolarité à l’ENS, j’ai passé un an à Iéna en tant que lectrice. J’ai eu la chance de participer pendant mon séjour à un « Klassik Kolleg », un atelier transdisciplinaire et international à destination des masterants sur les notions de classique et de romantique. Cette première incursion dans le monde de la recherche a été très importante : j’ai pu constater à cette occasion à quel point les échanges entre différentes cultures scientifiques pouvaient être stimulants. C’est là aussi que j’ai rencontré mon actuel directeur de thèse allemand, qui m’a proposé quelques années plus tard de m’associer à un groupe de recherche sur l’idée de classique. La cotutelle me permet de bénéficier d’un encadrement de grande qualité, tout en continuant à naviguer entre les cultures.

Vous venez de remporter le prix pour la meilleure conception de cours - « Lehrpreis » à l’Université d’Iéna, pouvez-vous nous en dire plus sur les travaux que vous avez proposés au jury ?

J’ai obtenu le « Lehrpreis » conjointement avec Sandra Stuwe, linguiste à l’institut des langues romanes de l’Université d’Iéna. Nous avons organisé ensemble au semestre d’hiver 2016/17 un atelier de traduction interdisciplinaire des contes de Voltaire. Le projet était inspiré d’un atelier similaire que j’avais pu suivre à l’ENS quelques années auparavant et que nous avons adapté au contexte allemand. Les participants étaient extrêmement motivés par l’objectif que nous leurs avions fixé : retraduire entièrement un texte de Voltaire. Les méthodes de travail – qui mêlaient théorie et pratique, suivi individuel et travail de groupe, outils traditionnels et numériques – leur ont permis de faire d’immenses progrès en seulement quelques semaines. Ce sont les étudiants qui nous ont nominées pour le « Lehrpreis » et le jury a semble-t-il été convaincu par le modèle de pédagogie de projet que nous avions élaboré, notamment parce qu’il se prête aussi à d’autres contextes disciplinaires.

Que représente ce prix pour vous ?

Le « Lehrpreis » montre que dans l’enseignement universitaire aussi, il vaut la peine de sortir des sentiers battus et d’essayer des formats nouveaux. Dans notre cas, c’est notamment le fait de nous être inspirées du modèle français qui a payé (en France, la traduction joue un rôle beaucoup plus important qu’en Allemagne dans l’étude des langues étrangères). Maintenant, je voudrais pouvoir importer ‘dans l’autre sens’ les méthodes de travail de groupe et de manière générale la culture du débat que nous avons mises en place dans nos séminaires. Je pense que les deux pays ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre dans le domaine de l’enseignement.

Quel message souhaiteriez-vous passer à vos collègues chercheurs à propos des programmes de mobilité du DAAD ?

Connaissant déjà un peu mon université d’accueil avant de bénéficier d’une bourse du DAAD, je savais plus ou moins à quoi m’attendre en repartant en Allemagne. Mais j’ai été vraiment surprise – et enthousiasmée – par la richesse des rencontres que permet l’organisation, qui soutient des étudiants et des chercheurs aux profils très divers, venus du monde entier. Partir en Allemagne avec le DAAD ouvre paradoxalement des horizons bien au-delà de la culture allemande !