L'ancien président du DAAD et directeur du bureau de Paris, le professeur Hansgerd Schulte (à droite) avec Alfred Grosser, politologue et historien français

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la mort de notre collègue Hansgerd Schulte, survenue le 31 décembre dernier.

Fondateur, dans la foulée des traités de l’Elysée, et premier directeur du bureau parisien du DAAD en 1963, Hansgerd Schulte, alors âgé de 31 ans, fait partie comme ses aînés Alfred Grosser, Joseph Rovan ou encore son ami Pierre Bertaux de ces bâtisseurs qui ont œuvré sans cesse et avec fortune au rapprochement et à la coopération franco-allemande, notamment dans le domaine universitaire. C’est sur l’initiative de Hansgerd Schulte que de nombreux programmes d’échanges entre la France et l’Allemagne (le PEA, les programmes pour jeunes romanistes et juristes, le programme des lecteurs…) voient le jour. Il est également à l’origine d’institutions comme le Collège franco-allemand de l’enseignement supérieur (CFAES), noyau de la future Université franco-allemande, et des accords sur la reconnaissance et les équivalences des diplômes universitaires.

Nommé professeur en 1970 à l’Institut d’Allemand d’Asnières, une création récente de son ami Pierre Bertaux au sein de la non moins récente Sorbonne Nouvelle, Hansgerd Schulte est élu président du DAAD à Bonn en 1972. Il sera réélu quatre fois avant de quitter ses fonctions au sein du DAAD en 1988 – il a été, à ce jour, le seul président du DAAD exerçant dans un établissement étranger. Pendant ses quatre mandatures, Hansgerd Schulte contribue de manière essentielle à faire du DAAD ce qu’il est aujourd’hui : la plus grande organisation au service des échanges universitaires et de coopération scientifique dans le monde. A partir de 1991 et jusqu’à son départ à la retraite en 2001 Hansgerd Schulte dirige l’Institut d’Allemand d’Asnières.

Né en 1932 à Simmern, dans le Hunsrück, Hansgerd Schulte, fils d’instituteurs, avait comme camarade de classe à l’école Edgar Reitz, futur réalisateur des différents cycles de « Heimat » qui évoquent leur région natale commune. Hansgerd Schulte passe son baccalauréat au lycée français de Coblence avant de prendre le chemin de la France. Il débarque à Grenoble d’abord (avec une bourse du gouvernement français), en classes préparatoires du lycée Henri IV ensuite. Admis comme auditeur libre à l’Ecole Normale Supérieure de la Rue d’Ulm, Hansgerd Schulte s’inscrit également à l’Université de Freiburg où il soutient, sous la direction de Hugo Friedrich une thèse sur le concept du « desengaño » dans la littérature picaresque (thèse publiée en 1969 aux éditions Fink). Voilà un sujet qui correspondait parfaitement au tempérament intellectuel de cet humaniste éclairé, grand lecteur de Heine, tourné comme celui-ci, vers les choses de la vie qu’il considérait comme un jeu recelant des risques, certes, mais offrant surtout des chances à qui sait les saisir. « Spiele und Vorspiele » était le titre des mélanges offerts par Hansgerd Schulte à cet autre grand joueur que fut Pierre Bertaux (publiés chez Suhrkamp en 1978) dont il a édité, avec Hans Manfred Bock et Gilbert Krebs, les « Mémoires interrompus » et « Un normalien à Berlin. Lettres franco-allemandes 1927-1933 » (Publications de l’Institut d’Allemand, PIA, 2000 et 2001).

Hansgerd Schulte a publié des articles sur la politique universitaire et de recherche, sur les relations franco-allemandes, sur la littérature allemande contemporaine. Mais il était surtout un grand instigateur et grand découvreur de talents. Nombreux sont ceux qui, ayant eu la chance de le fréquenter à un jeune âge, se trouvent aujourd’hui à des postes de responsabilité d’organisations internationales, d’institutions culturelles, dans la presse ou occupant (voire ayant occupé) des chaires de professeurs en Allemagne, en France et ailleurs.

Nous perdons un collègue, un intellectuel humaniste et engagé, un ami fidèle et généreux. Et nos pensées vont vers son épouse Eva Carstanjen et toute sa famille.

Jürgen Ritte, vice-président de l’AGES, professeur, Université Sorbonne Nouvelle