Jan Kercher, expert du DAAD en études externes et données statistiques, livre un aperçu des conséquences internationales de la crise du coronavirus sur le monde de l’enseignement supérieur.

Comment les universités allemandes appréhendent-elles la crise du coronavirus ? Comment se préparent-elles au prochain semestre d’automne ? Comment se positionnent les étudiants qui ont des projets de séjour à l’étranger face à la menace sanitaire ? Une étude du DAAD, intitulée « Conséquences de la crise du coronavirus sur les établissements d’enseignement supérieur », apporte de premiers éléments de réponse. Entretien avec Jan Kercher, expert du DAAD en études externes et données statistiques.

Pourquoi une étude sur les conséquences de la crise du coronavirus pour les établissements d’enseignement supérieur ?

Jusqu’alors, il n’existait pas vraiment de bilan sur la manière dont les établissements du supérieur en Allemagne ont fait face à la crise du coronavirus et sur la manière dont ils se préparent actuellement à la reprise du prochain semestre. Nous n’avions que des retours épars des établissements. Il était cependant nécessaire d’obtenir une vision d’ensemble afin d’aider les établissements de manière ciblée à trouver des réponses concrètes à leurs besoins pour dépasser la crise. Qui plus est, nous savons que les différents établissements sont dans un état de grande incertitude et que toute information leur permettant de savoir comment d’autres se comportent peut leur permettre de mieux concilier cette incertitude. Le retour qu’on peut obtenir d’autres pays et de leurs universités peut s’avérer également particulièrement utile. Enfin, je citerais un dernier élément déterminant : c’est la publication par l’institution américaine, équivalente du DAAD, l’International Institute of Education, d’une étude similaire fondée sur une enquête menée parmi les différents établissements des États-Unis. Nous avons repris les grandes lignes de ce sondage, notamment dans le but de pouvoir établir des comparaisons avec la situation aux États-Unis.

Quels sont les principaux résultats de cette étude ?

La crise du coronavirus a fortement nui à la mobilité des étudiants en Allemagne. Ainsi, dans près de trois quarts des établissements supérieurs allemands, les étudiants étrangers inscrits pour débuter ou poursuivre leurs études en Allemagne au semestre d’été ont dû renoncer à leur projet. 40 % des établissements interrogés ont indiqué que leurs étudiants étrangers ont quitté le territoire allemand, dès la mise en place des mesures de restrictions (notamment de déplacement) liées à la pandémie à l’échelle fédérale ou dans leur établissement d’accueil. Cela correspond à environ 80.000 étudiants étrangers inscrits sur l’ensemble des établissements allemands qui ont quitté l’Allemagne en raison de la crise sanitaire. Par ailleurs, 80 % des établissements allemands ont dû annuler leurs programmes d’accueil Welcome pour les étudiants étrangers ainsi que deux tiers des déplacements professionnels à l’étranger liés à leurs activités de marketing. Un petit tiers des établissements a été dans l’obligation de suspendre certains programmes de séjours ou d’échanges à l’étranger pendant le semestre d’été. Près d’un quart a même dû suspendre des programmes entiers. Ce sont d’importantes entailles au principe de la mobilité étudiante en Allemagne. Mais il y a également quelques bonnes nouvelles, porteuses d’optimisme. Environ un tiers des universités déclare que seule une minorité d’étudiants a annulé le séjour d’études prévu à l’étranger au semestre d’été. Un autre quart estime que le pourcentage d’étudiants qui ont annulé leur séjour s’élève à moins de 50 %. Plus d’un tiers des établissements d’enseignement supérieur allemand partent du principe que l’intérêt des étudiants pour des séjours à l’étranger au semestre d’hiver restera intact. Un autre tiers pense que cet intérêt reculera dans de très faibles proportions. Ces estimations optimistes recoupent d’ailleurs les différentes enquêtes menées auprès d’étudiants à l’étranger. Ainsi, un récent sondage international mené auprès de personnes ayant l’intention d’étudier à l’étranger montre que seuls 7 % d’entre elles ont renoncé à leur projet en raison de la crise du coronavirus. Et surtout, l’Allemagne compte auprès de ces mêmes étudiants parmi les 3 pays, dont la Chine et la Nouvelle-Zélande, qu’ils estiment s’être le mieux comportés face à la crise sanitaire. Ce qui laisse donc espérer qu’il n’y aura pas de recul trop net du nombre d’étudiants étrangers au prochain semestre d’hiver.

Comment les établissements d’enseignement supérieur allemands ont-il réagi à la crise ?

De notre point de vue, ils ont réagi à la crise et aux restrictions qui en ont découlé dans leur administration, à la fois avec beaucoup de sang-froid et en faisant preuve d’un profond engagement. Environ la moitié des établissements du supérieur a opté durant le semestre d’été pour un modèle mixte combinant les cours en présentiel et en distanciel. L’autre moitié s’est tournée vers un enseignement exclusivement à distance. Plus de 90 % des établissements ont aidé leurs étudiants à l’étranger à revenir, notamment grâce à un soutien logistique et financier. On estime à environ 8.500 le nombre de cas qui, toutes universités confondues, ont pu bénéficier de telles mesures de retour. Sept établissements sur dix ont transformé leurs séminaires d’accueil Welcome en séminaires virtuels. La moitié d’entre eux mise sur un renforcement de la politique de marketing en ligne. Plus de 80 % des établissements ont dû modifier les procédures de candidature et de sélection des étudiants étrangers. Dans deux tiers d’entre eux, les délais de candidature ont été prolongés. Un établissement sur deux permet aujourd’hui d’envoyer les pièces de candidature de manière dématérialisée. Un dernier chiffre dont nous nous félicitons également : seuls 2 % des établissements d’enseignement supérieur ont pris des mesures de fermeture des logements étudiants. En comparaison, plus de 50 % des établissements aux États-Unis l’ont fait. Dans le cas des étudiants étrangers, de telles fermetures peuvent avoir des conséquences dramatiques. Dans certains cas extrêmes, elles peuvent conduire certains à se retrouver sans logement, dans la mesure où ces étudiants n’ont pas la possibilité de loger, même temporairement, chez des amis ou des proches. On peut donc se réjouir du fait que cette problématique est restée très marginale en Allemagne.

Quelle est la raison de la création de la page « Conséquences du Covid19 sur le monde de l’enseignement supérieur : études et pronostics » ?

En lançant cette page, nous voulions apporter un soutien aux établissements d’enseignement supérieur et aux politiques d’enseignement supérieur, afin qu’elles obtiennent le plus rapidement et simplement possible un aperçu des conséquences de la crise du coronavirus sur l’enseignement supérieur, en Allemagne et à l’étranger. En effet, il existe déjà un nombre étonnant d’analyses et de projections dans ce domaine. Elles sont si nombreuses qu’on perd rapidement la vision d’ensemble. C’est aussi pour cette raison que nous avons lancé, il y a deux mois, une lettre d’actualité consacrée à la crise du coronavirus, intitulée « Corona-Update ». Elle parvient toutes les semaines aux universités par mail. Dans cette newsletter, nous compilons les articles de la presse étrangère consacrés à la manière dont les universités et les politiques d’enseignement supérieur font face à la crise. Nous espérons ainsi pouvoir aider les établissements allemands à surmonter cette situation, certes difficile, mais surtout porteuse d’un très grand dynamisme.

Jan Kercher / Barbara Westfeld (1er juillet 2020)
Traduction : Peggy Rolland, Paris


Vous trouverez la version originale de cette interview ici (en allemand).

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