Du Goulag à la dissidence
Ces dernières années, la dissidence soviétique a fait l’objet de plusieurs travaux de recherche en Europe, en Amérique du nord, ainsi que parmi les chercheurs des pays de l’ex-Union Soviétique dans leurs pays d’origine et en exil. Le colloque « Du Goulag à la dissidence » s’inscrit dans ce champ émergent et s’articule autour de deux grandes questions. D’une part, la postérité du Goulag : dans quelle mesure l’expérience des camps staliniens et post-staliniens a marqué les générations de dissidents et comment cette filiation est construite dans leurs récits sur la défense des droits humains et l’identité dissidente ? D’autre part, la forme narrative de ces récits : comment les mémoires des militants des droits humains et autres formes de témoignages des dissidents soviétiques ont-ils été élaborés ? Quels objectifs rhétoriques et stratégies narratives partageaient-ils avec les mémoires des camps et en quoi se distinguaient-ils ?
Ces deux questions sont liées tant sur le plan pratique que formel : les textes dissidents soviétiques ont vu le jour, au moins en partie, en écho aux témoignages sur le Goulag et en réponse aux nouvelles arrestations politiques réprimant, même après la mort de Staline, les délits d’opinion. À la fin de la période soviétique, les camps se sont révélés des espaces où se sont formés des réseaux dissidents, où des hommes et des femmes ont pu partager leurs idées, leurs valeurs et leurs stratégies. Par ailleurs, la production et la diffusion clandestines de mémoires et autres documents sur les camps du Goulag ont contribué à créer des canaux informels de circulation et de contrebande, fournissant ainsi un modèle pour la diffusion de témoignages non censurés sur les vérités étouffées concernant divers aspects de la société à la fin de la période soviétique. En effet, les dissidents utilisaient les mêmes canaux informels que les rescapés des camps, samizdats et tamizdats. L’impact de ces textes sur les lecteurs était dû, à l’instar de la littérature sur les camps, tant à ce qu’ils révélaient qu’à la manière dont ils étaient écrits, d’où l’importance d’étudier leurs spécificités narratives et rhétoriques. Cependant, les témoignages dissidents ne portaient pas toujours sur les camps, leurs objectifs et leurs caractéristiques formelles différaient de ceux des survivants, ils ne se positionnaient pas comme des victimes, mais comme des citoyens responsables qui exigeaient le respect de la loi soviétique.
Les participants réfléchiront à un ou plusieurs aspects de ces questions interdépendantes.